Corbeau dans son nid,
Bouffant un fromage,
Renard rémi,
Etant de passage,
Arrive et lui gueule :
"Corbeau, mon ami !
T'as l'air triste tout seul !
Viens en ma compagnie !"
Corbeau pas d'accord
Se penche et lui répond :
"Ouais ouais, t'es trop fort,
Mais je ne suis pas con !
À peine que je sors
Et je mord à l'hameçon !"
Mais Corbeau est naïf
Car soudain en glissant,
Lui passe sous le pif
Le fromage envoûtant.
Renard avait faim
Et il fût fou de joie
Car seuls se croient malins
Ceux qui ne le sont pas...
Poème de moi-même sur histoire de Jean de la Fontaine.
Les embarras de Paris
Qui frappe l'air, bon Dieu ! de ces lugubres cris ?
Est-ce donc pour veiller qu'on se couche à Paris ?
Et quel fâcheux démon, durant les nuits entières,
Rassemble ici les chats de toutes les gouttières ?
J'ai beau sauter du lit, plein de trouble et d'effroi,
Je pense qu'avec eux tout l'enfer est chez moi :
L'un miaule en grondant comme un tigre en furie ;
L'autre roule sa voix comme un enfant qui crie.
Ce n'est pas tout encor : les souris et les rats
Semblent, pour m'éveiller, s'entendre avec les chats,
Plus importuns pour moi, durant la nuit obscure,
Que jamais, en plein jour, ne fut l'abbé de Pure.
Tout conspire à la fois à troubler mon repos,
Et je me plains ici du moindre de mes maux :
Car à peine les coqs, commençant leur ramage,
Auront des cris aigus frappé le voisinage
Qu'un affreux serrurier, laborieux Vulcain,
Qu'éveillera bientôt l'ardente soif du gain,
Avec un fer maudit, qu'à grand bruit il apprête,
De cent coups de marteau me va fendre la tête.
J'entends déjà partout les charrettes courir,
Les maçons travailler, les boutiques s'ouvrir :
Tandis que dans les airs mille cloches émues
D'un funèbre concert font retentir les nues ;
Et, se mêlant au bruit de la grêle et des vents,
Pour honorer les morts font mourir les vivants.
Encor je bénirais la bonté souveraine,
Si le ciel à ces maux avait borné ma peine ;
Mais si, seul en mon lit, je peste avec raison,
C'est encor pis vingt fois en quittant la maison ;
En quelque endroit que j'aille, il faut fendre la presse
D'un peuple d'importuns qui fourmillent sans cesse.
L'un me heurte d'un ais dont je suis tout froissé ;
Je vois d'un autre coup mon chapeau renversé.
Là, d'un enterrement la funèbre ordonnance
D'un pas lugubre et lent vers l'église s'avance ;
Et plus loin des laquais l'un l'autre s'agaçants,
Font aboyer les chiens et jurer les passants.
Des paveurs en ce lieu me bouchent le passage ;
Là, je trouve une croix de funeste présage,
Et des couvreurs grimpés au toit d'une maison
En font pleuvoir l'ardoise et la tuile à foison.
Là, sur une charrette une poutre branlante
Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente ;
Six chevaux attelés à ce fardeau pesant
Ont peine à l'émouvoir sur le pavé glissant.
D'un carrosse en tournant il accroche une roue,
Et du choc le renverse en un grand tas de boue :
Quand un autre à l'instant s'efforçant de passer,
Dans le même embarras se vient embarrasser.
Vingt carrosses bientôt arrivant à la file
Y sont en moins de rien suivis de plus de mille ;
Et, pour surcroît de maux, un sort malencontreux
Conduit en cet endroit un grand troupeau de boeufs ;
Chacun prétend passer ; l'un mugit, l'autre jure.
Des mulets en sonnant augmentent le murmure.
Aussitôt cent chevaux dans la foule appelés
De l'embarras qui croit ferment les défilés,
Et partout les passants, enchaînant les brigades,
Au milieu de la paix font voir les barricades.
On n'entend que des cris poussés confusément :
Dieu, pour s'y faire ouïr, tonnerait vainement.
Moi donc, qui dois souvent en certain lieu me rendre,
Le jour déjà baissant, et qui suis las d'attendre,
Ne sachant plus tantôt à quel saint me vouer,
Je me mets au hasard de me faire rouer.
Je saute vingt ruisseaux, j'esquive, je me pousse ;
Guénaud sur son cheval en passant m'éclabousse,
Et, n'osant plus paraître en l'état où je suis,
Sans songer où je vais, je me sauve où je puis.
Tandis que dans un coin en grondant je m'essuie,
Souvent, pour m'achever, il survient une pluie :
On dirait que le ciel, qui se fond tout en eau,
Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau.
Pour traverser la rue, au milieu de l'orage,
Un ais sur deux pavés forme un étroit passage ;
Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant :
Il faut pourtant passer sur ce pont chancelant ;
Et les nombreux torrents qui tombent des gouttières,
Grossissant les ruisseaux, en ont fait des rivières.
J'y passe en trébuchant ; mais malgré l'embarras,
La frayeur de la nuit précipite mes pas.
Car, sitôt que du soir les ombres pacifiques
D'un double cadenas font fermer les boutiques ;
Que, retiré chez lui, le paisible marchand
Va revoir ses billets et compter son argent ;
Que dans le Marché-Neuf tout est calme et tranquille,
Les voleurs à l'instant s'emparent de la ville.
Le bois le plus funeste et le moins fréquenté
Est, au prix de Paris, un lieu de sûreté.
Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue
Engage un peu trop tard au détour d'une rue !
Bientôt quatre bandits lui serrent les côtés :
La bourse ! ... Il faut se rendre ; ou bien non, résistez,
Afin que votre mort, de tragique mémoire,
Des massacres fameux aille grossir l'histoire.
Pour moi, fermant ma porte et cédant au sommeil,
Tous les jours je me couche avecque le soleil ;
Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière,
Qu'il ne m'est plus permis de fermer la paupière.
Des filous effrontés, d'un coup de pistolet,
Ébranlent ma fenêtre et percent mon volet ;
J'entends crier partout: Au meurtre ! On m'assassine !
Ou : Le feu vient de prendre à la maison voisine !
Tremblant et demi-mort, je me lève à ce bruit,
Et souvent sans pourpoint je cours toute la nuit.
Car le feu, dont la flamme en ondes se déploie,
Fait de notre quartier une seconde Troie,
Où maint Grec affamé, maint avide Argien,
Au travers des charbons va piller le Troyen.
Enfin sous mille crocs la maison abîmée
Entraîne aussi le feu qui se perd en fumée.
Je me retire donc, encor pâle d'effroi ;
Mais le jour est venu quand je rentre chez moi.
Je fais pour reposer un effort inutile :
Ce n'est qu'à prix d'argent qu'on dort en cette ville.
Il faudrait, dans l'enclos d'un vaste logement,
Avoir loin de la rue un autre appartement.
Paris est pour un riche un pays de Cocagne :
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut dans son jardin, tout peuplé d'arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries.
Mais moi, grâce au destin, qui n'ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis et comme il plaît à Dieu.
Nicolas BOILEAU (1636-1711)
Recueil : Satires
- Bélier, cette semaine, bourrez bien, l'Bélier. Allez, bourrez l'Bélier ! Surtout le 8 et le 9.
- Taureau, si vous êtes monté comme un taureau, allez-y, bourrez l'Bélier ! Surtout le 8 et le 9.
- Gémeaux, vous aurez mal au cul. Attention aux gémeaurroïdes, surtout le 8 et le 9.
- Cancer, une semaine de merde. Rien ne vous sourira. En plus, votre bonne femme vous quittera pour un autre.
- Lion, si vous avez un copain qui est Cancer, ce sera génial pour vous, vous pourrez vous taper sa femme !
- Vierge, vous allez pas le rester longtemps... Profitez de cette semaine pour vous faire bourrer par l'Bélier !
- Balance. Il y en a ? C'est le signe des cochonnes... Attention à la levrette, les Balance ! Sur la moquette, ça irrite les genoux ! Alors faites attention si vous vous faites bourrer par l'Bélier ! Surtout le 8 et le 9.
- Scorpion, chez vous c'est la queue le plus important. Vous avez une queue bien longue, toute retournée. Alors, allez-y ! Surtout le... ? 8 et le 9 ? Non, le 12 et le 13... (Ca marche tous les soirs... C'est moi qui commande...)
- Sagittaire, profitez de cette semaine pour vous épiler. C'est une bonne lune pour vous épiler, les Sagittaire.
- Capricorne, une bonne semaine en perspective, les Capricorne. Allez donc faire vos courses au supermarché pour y emballer la grosse caissière qui est Sagittaire et qui vient de s'épiler...
- Verseau, ne restez pas tout seul, c'est triste un Verseaulitaire... (Elle est pas terrible, celle-ci, on dirait du Laurent Ruquier... Je la garde quand même. C'est moi qui commande...)
- Poissons, vous êtes un signe d'eau. Mettez-en dans le Ricard... Et quand vous serez bourré... pensez au Bélier ! 
Ah, m'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi,
Regarder notre argent qui s'en va...
Coulé dans du béton pour déplaire aux en-trances
Une horreur qu'on appelle "Stade de France"
Depuis la Coupe du monde, c'est devenu la Mecque
Des lobotomisés d'la pastèque.
Ces crétins avinés nous ont encore fait chier
Avec l'Euro en juillet dernier.
Te raconter un peu que pour le populo
Faut du pain et des jeux.
La pouffe de Carembeu pour faire bander les gens
Et tout le monde est content.
C'est le football gagnant...
Regarder comme un gland la télé le dimanche
Pour voir tous les joueurs qui s'emmanche,
S'embrassant comme des fous à chaque but marqué
Qu'on croirait une bande de pédés.
Et pour les commentaires, noter religieusement les belles pensées de Thierry Roland.
À l'entendre parler on se dit finalement que Larqué est très intelligent,
Et admirer enfin tous ses cerveaux brillants les Zizou les Deschamps
Contraints de faire des pubs comme ont fait le tapin
Pour gagner de l'argent.
C'est le football gagnant...
C'est le football gagnant...
Dans un hôtel, en Belgique, un Belge prend tranquillement son petit déjeuner.
Café, croissant , baguette, beurre et confiture.
Bien que le Belge l'ignore , l'Américain engage la conversation :
L'Américain : Vous , les Belges ,vous mangez tout le pain ?
Le Belge (de mauvaise humeur) : Oui.
L'Américain a un petit sourire sur le visage.
Le belge écoute en silence.L'Américain insiste : Vous mangez la confiture avec le pain ?
Le Belge : Oui.
L'Américain (une grosse bulle éclate sur sa figure et d'un coup de langue habile,Le Belge demande alors : Faites-vous l'amour aux States ?
L'Américain : Yeah !! Bien sûr, très souvent ! précise-t-il avec un large sourire.
L'Américain : Et bien comme tout le monde, on les jette.
Le Belge : Pas nous. Une fois utilisés, on les met dans des containers, on les recycle, on en fait du chewing-gum et on les vend aux Américains.A cause du clou, le fer fut perdu.
A cause du fer, le cheval fut perdu.
A cause du cheval, le cavalier fut perdu.
A cause du cavalier, la bataille fut perdue.
A cause de la bataille, la guerre fut perdue.
A cause de la guerre, la liberté fut perdue.
ET TOUT CA A CAUSE D'UN CLOU !!!
Je suis né tôt ce matin, juste avant que le soleil comprenne qu'il va falloir qu'il se lève et qu'il prenne son petit crème. Je suis né tôt ce matin, entouré de plein de gens bien qui me regardent un peu chelou et qui m'appellent Fabien. Quand le soleil apparaît, j'essaie de réaliser ce qu'il se passe. Je tente de comprendre le temps et j'analyse mon espace. Il est 7 heures du mat' sur l'horloge de mon existence. Je regarde la petite aiguille et j'imagine son importance. Pas de temps à perdre ce matin, je commence par l'alphabet : y'a plein de choses à apprendre si tu veux pas finir tebê. C'est sûr, je serais pas un génie mais ça va y'a pire. Sur les coups de 7 heures et demie j'ai appris à lire et à écrire.
La journée commence bien, il fait beau et je suis content : Je reçois plein d'affection et je comprends que c'est important. Il est bientôt 9 heures et demie et j'aborde l'adolescence en pleine forme, plein d'envie et juste ce qu'il faut d'insouciance. Je commence à me la raconter, j'ai plein de potes et je me sens fort. Je garde un peu de temps pour les meufs quand je suis pas en train de faire du sport. Emploi du temps bien rempli, et je suis à la bourre pour mes rencards...
Putain ! La vie passe trop vite, il est déjà 11 heures moins le quart ! Celui qui veut me viser, je lui conseille de changer de cible : me toucher est impossible, à 11 heures je me sens invincible : Il fait chaud, tout me sourit, il manquait plus que je sois amoureux ! C'est arrivé sans prévenir sur les coups d'11 heures moins 2 ! Mais tout à coup, alors que dans le ciel, y'avait pas un seul nuage a éclaté au-dessus de moi un intolérable orage ! Il est 11 heures 08 quand ma journée prend un virage pour le moins inattendu alors je tourne mais j'ai la rage. Je me suis pris un éclair comme un coup d'électricité : je me suis relevé mais j'ai laissé un peu de mobilité. Mes tablettes de chocolat sont devenues de la marmelade. Je me suis fait à tout ça, appelez moi Grand Corps Malade. Cette fin de matinée est tout sauf une récréation : à 11 heures 20 je dois faire preuve d'une bonne dose d'adaptation. Je passe beaucoup moins de temps à me balader rue de la Rép' et j'apprends à remplir les papiers de la Cotorep. J'ai pas que des séquelles physiques, je vais pas faire le tho-my, mais y'a des cicatrices plus profondes qu'une trachéotomie ! J'ai eu de la chance je suis pas passé très loin de l'échec et mat ! Mais j'avoue que j'ai encore souvent la nostalgie de 10 heures du mat'.
A midi moins le quart, j'ai pris mon stylo bleu foncé : j'ai compris que lui et ma béquille pouvaient me faire avancer. J'ai posé des mots sur tout ce que j'avais dans le bide, j'ai posé des mots et j'ai fait plus que combler le vide. J'ai été bien accueilli dans le cercle des poètes du bitume et dans l'obscurité, j'avance au clair de ma plume. J'ai assommé ma pudeur, j'ai assumé mes ardeurs et j'ai slamé mes joies, mes peines, mes envies et mes erreurs. Il est midi 19 à l'heure où j'écris ce con d'texte. Je vous ai décrit ma matinée pour que vous sachiez le contexte car si la journée finit à minuit, il me reste quand même pas mal de temps : j'ai encore tout l'après-midi pour faire des trucs importants.
C'est vrai que la vie est rarement un roman en 18 tomes : toutes les bonnes choses ont une fin, on ne repousse pas l'ultimatum.
Alors je vais profiter de tous les moments qui me séparent de la chute, je vais croquer dans chaque instant, je ne dois pas perdre une minute ! Il me reste tellement de choses à faire que j'en ai presque le vertige. Je voudrais être encore un enfant mais j'ai déjà 28 pijes ! Alors je vais faire ce qu'il faut pour que mes espoirs ne restent pas vains.
D'ailleurs je vous laisse, là c'est chaud, il est déjà midi 20...
Le corps humain est un royaume où chaque organe veut être le roi
Il y a chez l'homme trois leaders qui essayent d'imposer leur loi
Cette lutte permanente est la plus grosse source d'embrouilles
Elle oppose depuis toujours la tête, le coeur et les couilles
Que les demoiselles nous excusent si on fait des trucs chelous
Si un jour on est des agneaux et qu'le lendemain on est des loups
C'est à cause de c'combat qui s'agite dans notre corps
La tête, le coeur, les couilles discutent mais ils sont jamais d'accord
Mon coeur est une vraie éponge, toujours prêt à s'ouvrir
Mais ma tête est un soldat qui s'laisse rarement attendrir
Mes couilles sont motivées, elles aimeraient bien pé-cho cette brune
Mais y en a une qui veut pas, putain ma tête me casse les burnes
Ma tête a dit à mon coeur qu'elle s'en battait les couilles
Si mes couilles avaient mal au coeur et qu'ça créait des embrouilles
Mais mes couilles ont entendu et disent à ma tête qu'elle a pas d'coeur
Et comme mon coeur n'a pas d'couilles, ma tête n'est pas prête d'avoir peur
Moi mes couilles sont tête-en-l'air et ont un coeur d'artichaud
Et quand mon coeur perd la tête, mes couilles restent bien au chaud
Et si ma tête part en couilles, pour mon coeur c'est la défaite
J'connais cette histoire par coeur, elle n'a ni queue ni tête
Moi les femmes j'les crains, autant qu'je suis fou d'elles
Vous comprenez maintenant pourquoi chez moi c'est un sacré bordel
J'ai pas trouvé la solution, ça fait un moment qu'je fouille
Je resterai sous l'contrôle d'ma tête, mon coeur et mes couilles.
Où courent tous ces passants chargés de colis à travers les rues encombrées ? Tout ce monde se hâtant de dépenser son argent au profit d'amis ou de proches va, inlassablement, d'une boutique à l'autre. Les surprises originales que les gens auront dénichées sous l'arbre de Noël rivaliseront avec des cadeaux plus modestes qu'apprécieront néanmoins les enfants.
Qui n'a pas rêvé d'un objet merveilleux et n'a pas craint d'être déçu ? Les fêtes de fin d'année, les biens nommées, invariablement, suivront la tradition. Si petit soit-il, le présent attendu ou non causera une joie perceptible à son bénéficiaire tout autant qu'à son généreux donateur.
Un moment de bonheur, une heure de paix, voilà le plus cher des cadeaux.
Les dates particulièrement festives se succèdent au calendrier de décembre et à celui de janvier. L'une après l'autre, les fêtes qui ont marquées notre enfance et qui nous ont émus reviennent et scintillent au firmament de l'hiver. Les multiples cadeaux que le patron des écoliers a déposés devant la cheminée étaient très attendus.
Le sapin de Noël habillé de guirlandes multicolores et de boules rutilantes a obtenu la meilleure place au salon. La crèche surmontée d'une étoile a rappelé à beaucoup le sens du réveillon où trônent en grand apparat la dinde et des tas de choses succulentes.
L'an neuf viendra couronner toutes ces solennités et offrira à la famille et aux amis des voeux cordiaux de bonheur et de paix.
Je gelais malgré le gros pull que j’avais enfilé. La voiture a mis des plombes à démarrer, comme toujours à cause du froid et de l’humidité. Au centre ville les arbres étaient bourrés de guirlandes lumineuses. Je me suis arrêté pour acheter une boite de chocolat. Le parc était blanc. Dans les couloirs, c’était punaisé de dessins aux couleurs criardes, avec des traits maladroits et le feutre qui dépassait de partout. Sur tous ou presque il y avait un soleil en haut à droite et une maison au milieu. Ca sentait la soupe et l’éther. J’ai croisé deux femmes en robe de chambre. Elles marchaient en s’aidant d’un déambulateur. Elles étaient maigres. J’ai pensé que ma mère était exactement pareille, que si je l’avais croisée dans le couloir sans la connaître elle n’aurait fait la même impression. Je n’ai pas frappé. Maman était assise dans son fauteuil, la télévision était allumée mais ses yeux éteints fixaient la fenêtre. J’ai arrangé les fleurs dans le vase, posé la boite de chocolat sur la table. Elle ne sortait pas de sa chambre depuis un mois. Elle ne bougeait plus, quand je venais la voir, elle faisait comme si je n’étais pas là, comme si elle était sourde. Je l’ai regardée, ses cheveux étaient de plus en plus fins et épars. Ses mains tachées étaient parcourues de grosses veines violettes. Elle portait toujours cette vieille robe de chambre affreuse, je lui ai annoncé que j’allais pas tarder. Je préfère ne pas penser à ce qui se passerait après, les soins et le coucher à neuf heures. Je sais comment cela se passe. Maman se balançait d’avant en arrière. Je suis partie, je ne supporte jamais cela bien longtemps. J’ai dit maman, je dois m’en aller, je travaille ce soir. J’ai embrassé ces cheveux, j’ai respiré son odeur de mort et je suis sortie...
Sur la route, il n’y avait personne. Le chauffage était poussé à fond. J’ai mis la radio pour ne plus penser à maman. Ne plus penser à ce que cela fait de voir sa mère dans cet état. Dans la voiture, l’odeur de plastique chaud m’écoeure. L’animateur débitait ses niaiseries sur la nouvelle année entre deux chansons. Je me suis dit qu’une bonne résolution serait que ma vie ressemble à quelque chose. Mais pour le coup, il s’agissait plutôt d’un vœu, et je ne voyais personne pour l’exaucer. J’ai croisé un camion, ses phares m’ont aveuglée, j’ai fait un écart et… trois secondes ça m’a traversé le crâne. Je ne peux pas le nier, ça m’est venu au cerveau. L’idée du platane. J’y ai pensé à fermer les yeux, enfoncer la pédale d’accélérateur, serrer les dents, hurler. Sentir le volant compresser ma poitrine, le verre en éclats dans ma peau, la tôle enfoncée la ferraille, le tronc dans le capot fendu en deux et tout ce qui me transperce et m’aplatit, et le bruit de mes os ! Et dans les yeux du sang et moi aussi morte qu’on peut l’être, j’ai pensé à tout ça et j’ai fermé les yeux. J’ai sentis que je déviais. Je me suis dit ta vie va défiler dans tes yeux, c’est à ça que j’ai pensé, ma mère souriante et jeune et belle, mon père vivant. Mais non je n’ai rien revu, que du noir. Alors j’ai rouvert les yeux et j’ai braqué. La bagnole a dérapé j’ai enfoncé la pédale de frein et je me suis retrouvée sur le bas-côté avec dans les oreilles un son traînant de klaxon. Le parking était vide...
Je suis passée par les pompes à essence et je me suis garée juste devant la vitrine. A l’intérieur, aucun client. Des rayons déserts, bourrés de chips et de sandwichs. Les bouteilles étaient alignés dans la lumière blanche, j’ai pris un Coca. Martine m’a fait les gros yeux parce que je ne les paye jamais. Je lui ai collé deux bises sur le front et j’ai pris ma place à attendre. Un type est entré en se soufflant dans les mains. Il grimaçait bizarrement. Martine mâchait un chewing-gum, elle avait son air fatigué. Elle a sorti une cigarette de son paquet. J’avais un paquet d’herbe dans ma poche, je m’en suis roulé un petit et j’ai fumé en marchant. Martine a marmonné une phrase que je n’ai pas compris et j’ai repensé à ce qu’elle m’avait dit le jour où elle était venue me voir à la clinique. J’étais là-bas depuis trois semaines et personne ne venait me voir. Le jour où Martine s’est pointée je n’ai pas vraiment été étonnée. Nous n’étions pas particulièrement proches à cette période mais quand je l’ai vue apparaître dans l’encadrement de la porte, sa présence à cet endroit-là à ce moment précis m’a paru comme une évidence. Elle a regardé le lit, les fleurs sur le petit meuble. La pile de livres. Les murs blancs et les médicaments. Elle s’est approché de la fenêtre. C’était le printemps. On est sorti marcher dans le jardin. Je la regardais et je me disais que c’est sûrement elle qui aurait été déclarée malade. On s’est assises sur un banc, on a fumé des cigarettes. J’ai eu envie de lui prendre la main mais je n’ai pas osé. Le silence et Martine qui regardait dans le vide, m’angoissait trop alors j’ai pointé la télécommande sur le téléviseur. Sur toutes les chaînes, c’était la même chose. Des chanteurs et des comiques ringards fêtaient la nouvelle année. J’ai sorti une bière de mon sac à dos. Avec le froid elle était encore fraîche. Elle ne disait toujours pas un mot. J’aurais voulu être capable de me lever et de la prendre dans mes bras mais c’est toujours pareil. Les gestes qu’on devrait faire on n’ose jamais et on finit tous autant qu’on est seuls comme des rats dans notre trou...
Tiens un client ! Ca nous fera de la compagnie... Les phares se sont éteints et pendant un moment, il ne s’est rien passé. On attendait comme des poires que quelqu’un entre. Je me suis approché de la vitrine et il m’a semblé apercevoir une ombre dans la voiture. Pendant au moins cinq minutes, rien n’a bougé. Je suis restée à regarder la neige qui tombait en flocons énormes. Un type a fini par entrer. J’étais à ma caisse et il s’est dirigé vers moi. Il a dit bonsoir et m’a commandé un café qu’il a bu sans lever les yeux. Je lui ai demandé si je pouvais fumer. Alors j’ai allumé un Lucky. On était tous les trois silencieux. Martine tenait son visage dans ses mains due à la fatigue. Le type n’avait pas l’air mieux. Il tremblait un peu quand il a posé la tasse sur le comptoir. Je lui ai proposé un second café, il a redressé la tête, j’ai vu son beau visage. Il avait de jolies rides au coin des yeux. J’ai regardé l’heure. C’était bientôt minuit. Je suis sortie, mes pas crissaient sur la neige. Dans le coffre de ma voiture c’était un vrai bordel. J’ai fini par trouver la bouteille. Je me suis attardée un peu. Derrière le comptoir, j’ai pris trois verres et je les ai alignés. Le bouchon a heurté le plafond dans un bruit de détonation. J’ai rempli les verres en plusieurs fois à cause de la mousse. On a trinqué, le type ne m’a pas regardée dans les yeux. Martine m’a embrassé et elle s’est mise à pleurer, je l’ai serré fort dans mes bras. Je l’ai bercée, j’avais l’impression de la protéger et elle reniflait dans mes cheveux. Dans les arbres de l’autre côté de l’autoroute, de temps en temps, on voyait des lueurs et des gerbes de lumières. Ca ne faisait aucun bruit, d’ici, leur feu d’artifice...
J’ai resservi le type et il a bu d’une traite en fermant les yeux. Je m’en suis repris un moi aussi. Martine a vidé son quatrième ballon et s’est mise à rigoler pour rien d’un coup, sans raison. Je me suis roulé un joint et avec le type on se l’est passé tranquillement. A chaque bouffée il plissait les yeux. Il m’a proposé d’aller à la mer. Là. Tout de suite. J’ai regardé Martine. Cela me faisait mal au cœur de l’abandonner. Ce n’était pas pour le boulot qu’on avait ce soir-là, mais ça serrait la gorge de l’imaginer seule dans la station vide et les lumières blanches. Et puis ce n’était pas prudent et je me mettais à imaginer qu’un type se pointait et elle était seule et on la retrouverait au petit matin dans les chiottes le visage en sang. Elle m’a dit d’y aller. Je l’ai embrassé, je l’ai serré dans mes bras. Je me suis demandé pourquoi je m’étais retenue de la prendre ainsi dans mes bras toutes ces années. C’était la dernière fois. Je lui ai dit d’être prudente, je la regardais et je ne pouvais m’empêcher de l’imaginer morte et violée. On est partis avec le type et dans sa voiture je gelais. Il a mis la radio, c’était de la musique africaine alors je me suis détendue. La route défilait. On était seuls sur cette autoroute et je pensais à maman quand je l’avais emmenée à Cancale. Elle n’était pas encore en fauteuil. Elle marchait toute voûtée sur sa canne, on s’était assises au bout du petit marché, à deux pas de l’eau. On ne parlait pas et c’était un beau silence, pas un silence pesant, juste que l’on n’avait pas besoin de parler. On roulait vers la mer et c’était tout. La mer dans la nuit, c’est surtout le bruit des vagues et les lumières qui se reflètent. On a marché sur le sable. C’était la pleine nuit et on s’embrassait. Il s’est mise à pleuvoir et en deux minutes on a été trempés jusqu’aux os. Dans le resto il n’y avait plus grand monde. Un groupe de gens au fond, un peu avachis, la table couverte de bouteilles, de serviettes, les cendriers pleins. On s’est installés près des vitres et on a trop bu exprès. Pendant qu’il me parlait je passais mes doigts sur ses lèvres et ses rides minuscules...
A l’hôtel, quand on s’est allongés, ça tournait et le jour se levait. Du lit, on apercevait la plage dans la lumière du matin. On est restés longtemps collés l’un contre l’autre. À mon réveil, il n’était plus là. Il n’avait pas laissé de mot et j’aimais autant. C’était plus franc comme ça. Et de toute manière, je ne vois pas de quoi il aurait pu s’excuser. À la réception, la fille m’a dit que la chambre était réglée, que mon mari avait déjà payé mon petit déjeuner. Je n’avais pas faim. Alors j’ai juste avalé un café. Il faisait soleil et à cette heure, le sable était d’une jaune intense, la mer émeraude. J’étais bien. Calme et reposée pour une fois. La mer me lave, m’emplit, m’élargit comme si j’avais plus d’air dans la poitrine, comme si plus rien n’obstruait dans ma tête. J’ai repensé à maman et à mon frère, on était petits et tous les ans elle louait un appartement à Saint Lunaire. Le soir après le dîner elle nous emmenait à la plage. Elle fumait des cigarettes dans sa robe du soir et on descendait les toboggans encastrés l’un dans l’autre. La nuit je l’entendais pleurer et je venais me glisser dans son lit. Je ne veux plus penser à ma mère. Plus jamais. Alors sur je me suis rendu sur la falaise. J'ai lâchée une larme pour ma mère puis j'ai fait tombée une pierre. Son parcours me fit peur car c'est celui-ci que j'allais faire. Et je l'ai fais. Je l'ai fais... Je voudrais qu'on me retrouve amoureuse de cette homme inconnu. Je voudrais qu'on me retrouve comme étant la petite conne qui voulais se retrouver avec sa mère mais qui ne connaissait pas son destin. Mais la petite conne avait ses raisons. La petite conne est fière d'elle : elle ne ressentira plus jamais la douleur...
FIN